L’association qui rend l’accueil citoyen séduisant

J'accueille
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Lancé en 2015, le projet J’accueille a pour but de permettre l’« accueil citoyen » de nouveaux arrivants sur le territoire français. Autour d’un café, Leïla Zougary, responsable de l’antenne lilloise, explique comment ce dispositif profite aussi bien à l’accueillant qu’à l’accueilli.

 

Au Bazaar St-So, en plein cœur de Lille, la diplômée de sciences politiques travaille depuis 2022 en tant que « responsable de la
communauté J’accueille » afin d’aider les nombreux migrants statutaires (majoritairement Afghans et Ukrainiens) qui en ont besoin. Pour la jeune trentenaire, l’objectif de l’association fait écho à une problématique claire : « un constat du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés a montré que seulement 12% des réfugiés sont en lien avec des citoyens français, et cela pose des questions quant à leur réelle insertion dans la société ». Afin d’y répondre, un processus qui a fait ses preuves est appliqué pour permettre des relations accueillant-accueilli probantes.
Tout d’abord, le potentiel hôte doit s’inscrire sur internet. S’ensuit un appel pour définir le « projet d’accueil », qui amène à une réunion d’information, intitulée « accueillir, mode d’emploi ». Une fois ces étapes validées, la première rencontre peut se faire, souvent autour d’un verre au Bazaar St-So. L’ambiance bienveillante de ce grand espace de coworking est propice à des échanges sur des centres d’intérêts communs, cernés par l’association au préalable. Ainsi, les protagonistes se rencontrent à plusieurs reprises avant l’accueil (d’une durée minimale de 3 mois) afin de créer du lien et de voir si ça “matche”.

Lever des freins

Une partie des personnes motivées par un projet d’accueil peuvent se poser des questions avant de s’engager. La plus récurrente est évidemment le coût de cette bonne action. Leïla Zougary veut absolument « abattre ces freins ».
Elle rappelle que « personne en situation d’exil ne veut pas dire personne sans revenus, les réfugiés peuvent travailler ou toucher le RSA car ils ont un statut reconnu ». J’accueille aide à la mise en place de chartes de cohabitation personnalisées, régissant l’organisation des courses, du ménage : « c’est une colloc’ citoyenne », dixit la lilloise. L’association fait aussi en sorte de ne pas faire cohabiter des femmes seules avec des hommes seuls pour limiter les risques d’emprise, et peut faire appel à des traducteurs pour franchir la barrière de la langue. Il n’y a pour l’instant jamais eu de problème à Lille. Ainsi, le poids de l’accueilli se limite à sa présence, qui peut être une véritable opportunité.

Gagnant-gagnant

L’association n’a pas la prétention de permettre aux nouveaux arrivants de s’installer. L’employée lilloise explique que « les personnes se sont permis elles-mêmes d’arriver ici, donc on essaye de les accompagner dans leur autonomisation ». La collaboration avec d’autres associations telles que La Sauvegarde du Nord (pour les démarches administratives) permet un processus complet pour une intégration efficace de l’accueilli en un an. Derrière un bénéficiaire peut s’en cacher un autre. Leïla Zougary soutient que “l’expérience est enrichissante pour l’accueillant”. Si ce dernier doit transmettre les normes et usages français, sa culture en ressort grandie. “Même le sens de l’humour diffère en fonction des pays”, explique la responsable. Cela peut entraîner des échanges assez drôles. Des discussions autour de sujets tels que la place des femmes dans la société et la politique internationale permettent à l’accueillant de porter un autre regard sur le monde.

Finalement, accueillir permet aussi d’en apprendre sur soi-même à travers sa relation avec l’autre.
Si J’accueille semble fonctionner à merveille quand les actions se concrétisent, il faut toujours plus d’accueillants volontaires pour répondre aux besoins, et toujours plus de bénévoles pour animer des ateliers de cohésion. L’association cherche donc de nouveaux moyens de se faire connaître, allant du smartphone à l’écran géant…

Comprendre l’action de J’accueille à travers un film

En collaboration avec l’association J’accueille, le dernier film de Benoît Cohen « Ma France à moi » est sorti en salle le 20 décembre, et en avant-première le 18 décembre, la journée internationale des migrants. France, interprétée par Fanny Ardant, est une sexagénaire qui vit seule dans son appartement bourgeois de l’Est parisien. Après avoir écouté une émission de radio d’aide aux migrants, elle décide d’accueillir Reza, joué par Nawid Elham, un jeune traducteur afghan. Le film est l’adaptation du livre de Benoît Cohen Mohammad, ma mère et moi publié en 2018, complètement inspiré de sa propre vie. La mère de Benoît Cohen a, tout comme le personnage de Fanny Ardant, accueilli dans son hôtel particulier un jeune réfugié afghan, Mohammad. Ils ont été accompagnés par J’accueille autrefois CALM.
Pendant 92 minutes les spectateurs peuvent accompagner les personnages dans leur parcours, et comprendre l’importance et les différents enjeux d’un tel accueil.
Avec la crise des réfugiés, les solutions d’hébergement manquent. L’actualité remplie de guerres, de catastrophes climatiques et de politiques extrémistes peut laisser un sentiment d’impuissance face à la réalité. Le film invite ceux qui le regardent à prendre conscience des actions concrètes qu’ils peuvent mettre en place. Héberger des personnes, signer des pétitions, s’engager dans des associations, l’idée est de montrer que quelles que soient les initiatives, tout le monde peut agir. Ma France à moi se présente comme une ode à la solidarité alors que le climat général appartient à la haine, l’individualisme et la peur de l’autre.

Crédits:

Melvin Hermann
Lucile Jaray
Djibril Faye
William David

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